iloubnan.info: Que pensez-vous du moment choisi par le député Michel Aoun pour se rendre en Syrie?
Paul Salem: C’est la troisième visite de Michel Aoun en Syrie, et en cette date de la Saint Maron (9 février 2010 ndlr), il s’agit évidemment pour Michel Aoun d’une visite effectué en tant que chef de fil d’une partie des chrétiens au Liban. Côté syrien, cette visite vise également à souligner la position de la communauté chrétienne syrienne en accueillant les deux leaders chrétiens que sont Michel Aoun et Sleimane Franjieh. Ces deux personnalités sont d'une importance significative: Michel Aoun s’était précédemment opposé à la Syrie, avant de modifier sa position politique, selon lui pour suivre les changements régionaux. Quant à Sleiman Franjieh, il a depuis toujours été allié de la Syrie et a toujours défendu les droits des chrétiens, demandant leur protection auprès des autorités syriennes. Tous deux cherchent aujourd’hui à renforcer le statut chrétien au Liban et en Syrie en se rendant ensemble à Damas pour une inauguration religieuse majeure.
Quel impact peut réellement avoir une telle visite sur la vie politique libanaise?
En fait le moment de la visite n'est pas vraiment crucial. Aoun consolide davantage sa relation avec la Syrie, tout en cherchant à mettre en évidence son potentiel chrétien. En fait, la troisième visite de Aoun n'aura pas d'impact direct sur le Liban, au moins, pas pour la période actuelle. Elle vise seulement à renforcer les relations régionales d'Aoun, et joue principalement en faveur des intérêts de la Syrie, qui est en train d’améliorer ses liens avec les acteurs régionaux, à savoir l’Arabie Saoudite et l’Europe. Grâce à ces visites de personnalités importantes du Liban, et celles de Michel Aoun en particulier, la Syrie cherche à montrer à la communauté internationale qu'elle dispose d’importantes et d’étroites relations locales et régionales, notamment avec la communauté chrétienne au Liban.
Cette visite peut-elle avoir un impact sur la situation spécifique des chrétiens au Liban, et accentuer leurs divisions?
Sleiman Franjieh est déjà connu pour ses liens étroits avec la Syrie, et il était considéré, ces dernières années, comme un interlocuteur chrétien essentiel de Damas, qui protégeait de cette manière sa communauté au Liban. Aujourd'hui, Michel Aoun semble reprendre le flambeau de cette relation entre Damas et les chrétiens du Liban. Il a fait ce choix pour augmenter son pouvoir, comme je l'ai dit avant. Mais rien de tout cela ne devrait aggraver les divisions chrétiennes existantes. A partir de maintenant, le chef du CPL sera régulièrement attendu en Syrie. C'est le point crucial de ce changement politique, mais c’est surtout un nouvel objectif syrien atteint vis-à-vis de la communauté internationale.